Bien avant ses frères disciples, qui vivaient dans les monastères ou dans la société, Swâmi Vivekânanda devint profondément convaincu de la divinité en puissance de chaque être humain, notamment après une expérience mystique lors d’une méditation profonde près de la ville d’Almora sur les collines des Himalayas. Il discerna deux types de misère – la pauvreté extrême de millions de ses concitoyens et l’éloignement de la spiritualité dans la culture occidentale moderne, conjugué avec un matérialisme irréfléchi. Il voulut appliquer son intuition mystique pour soulager ces deux catégories de souffrance. Poussé par une volonté fortifiée par des signes mystiques, il partit en voyage aux Etats-Unis en 1893 pour assister au Parlement des Religions à Chicago. Il eut un succès immense aux Etats-Unis. Dans son message aux Etats-Unis et en Angleterre, on retrouve l’ouverture d’esprit de Sri Ramakrishna, sa pénétration des religions et des cultures de l’humanité, son idée d’échange entre le meilleur des cultures, son idée d’harmonie entre les voies spirituelles, et entre la religion et la science moderne, et par-dessus tout sa vision de la capacité potentielle de la race humaine à réaliser la vérité ultime, qui est l’unicité de l’existence.
Vivekânanda revint en Inde en 1897 et fut accueilli comme un héros national dans les grandes cités de l’Inde. Le 1er mai 1897, il créa une nouvelle structure, une organisation nommée Ramakrishna Mission Association qui comprenait à la fois des personnes menant une vie monacale et des personnes menant une vie de famille. Il réalisa ainsi son rêve d’avoir une “machine stable” – pour reprendre l’expression utilisée par lui-même – qui serait constamment engagée à soulager les souffrances d’autrui. Cet engagement est plus que philantropie, et doit être considéré comme l’une des voies vers la réalisation de la vérité ultime.
Vivekânanda décéda à l’âge de 39 ans. Au jour de son départ, il existait 6 centres en Inde, certains encore à un stade rudimentaire, et 2 centres aux Etats-Unis, où les membres monacaux de l’ordre naissant travaillaient. Qu’il soit en avance sur son temps est confirmé par une déclaration en 1993 de M. Mayor, alors directeur-général de l’UNESCO, disant que la vision de l’UNESCO figurait déjà dans la charte de la Mission Ramakrishna créée presque un demi-siècle auparavant. On peut trouver dans la Mission Ramakrishna le reflet du mariage entre les voies apparemment incompatibles des dévots vivant dans la société et des moines – ceci est déjà évident dans la vie de Sri Ramakrishna et plus encore dans celle de son épouse Sri Sarada Devi.
Sri Sarada Devi était mariée à Sri Ramakrishna. Ce fut un mariage non consommé. Elle est considérée comme la toute première des disciples de Sri Ramakrishna. Comme lui elle avait reçu très peu d’instruction formelle. Mais elle fut éduquée dans le domaine spirituel par Sri Ramakrishna, son mari et saint homme. Apparemment elle mena une vie tout-à-fait ordinaire, mais elle spiritualisa chaque aspect de sa vie. En outre un amour maternel qui ne connaissait aucune frontière de hiérarchie sociale, religieuse ou nationale, un amour étendu même aux oiseaux, aux animaux, émanait d’elle. Il existe de nombreuses anecdotes qui montrent clairement sa grandeur mystique. Sa vie fut une longue illustration de son dernier message : “Personne n’est étranger, mon enfant. Le monde appartient à votre cercle intime”.
Voici pourquoi, après la fondation de l’Ordre, Sri Sarada Devi, simple villageoise qui n’avait pas de position dans l’organisation, fut considérée comme la Suprême de facto de l’Ordre et le resta jusqu’à son décès en 1920. Ceci est sans précédent dans l’histoire des religions.
En Inde, le Ramakrishna Math (monastère) fut enregistré comme une Fondation en 1901 et une société nommée Ramakrishna Mission fut enregistrée en 1909. Voici une citation du dernier rapport général de l’Ordre : “Bien que le Ramakrishna Math et la Ramakrishna Mission avec leurs branches respectives soient des entités légales distinctes, ils sont très proches puisque le Corps Exécutif de la Mission est composé des Administrateurs du Math ; le travail administratif de la Mission est en grande partie entre les mains des moines du Ramakrishna Math, et tous deux ont leur maison-mère à Belur Math. L’organisation du Math est constituée en Fondation avec des règles de procédure bien définies. La Mission est une société enregistrée . . . le premier met l’emphase sur la religion et l’enseignement, alors que la seconde est liée principalement aux services sociaux accomplis avec une approche spirituelle.”


